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Samedi 2 décembre 2006


Cet homme est dangereux, si, si


 

 

                                         


Une enfance difficile, « On ne m’a rien donné ».

 
    Nicolas Paul Stéphane Sarkozy de Nagy Bocsa naît en 1955 dans le XVIIème arrondissement de Paris mais c’est à Neuilly-sur-Seine qu’il grandit. Après une scolarité moyenne dans l’enseignement privé où il redouble sa sixième, il décroche en 1973 son baccalauréat B sans mention et se lance dans des études de droit à l’université de Paris X. En 1978 il intègre Sciences-po mais ne parvient pas à en obtenir le diplôme. Cependant, il obtient en 1981 le Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat, et rejoint en 1982 un cabinet spécialisé dans le droit immobilier et plus spécifiquement dans l’expulsion de locataires en rupture de financement. 

 

 

D’une trahison à l’autre.

 

   En 1974, il rejoint le parti gaulliste, l’UDR, et milite pour l’élection de Jacques Chaban-Delmas à la présidence de la République. Largement battu par Valérie Giscard d’Estaing soutenu par Jacques Chirac, Jacques Chaban-Delmas en déroute tente de rassembler ses soutiens. C’est précisément ce moment que choisit Nicolas Sarkozy pour se ranger aux côtés de celui qui a abattu son mentor, Jacques Chirac. Par la suite, cette première trahison lui donnera le goût du coup de poignard dans le dos (d'un ami si possible).

 

 Entré en politique sous le parrainage d’un certain Charles Pasqua, Nicolas Sarkozy nourrit bien vite des ambitions pour la mairie de Neuilly. A la mort du maire en titre Achille Peretti, Pasqua qui apparaît comme son successeur naturel, est hospitalisé pour une hernie. Nicolas Sarkozy en profite alors pour se faire élire en lieu et place de son ancien ami et témoin de mariage.

 

 En 1984, il fait la rencontre d’une jeune femme nommée Cecilia Ciganer-Albeniz alors qu’il la marie à Jacques Martin, à la mairie de Neuilly. Quelques années plus tard, cette dernière quitte son mari pour tomber dans les bras du jeune maire dont on appréciera le cynisme.

 

  A l’occasion de l’élection présidentielle de 1995, alors qu’il passe pour être un fidèle de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy choisit de soutenir la candidature d’Édouard Balladur, donné gagnant dans les sondages. Jacques Chirac est élu et Sarkozy discrédité, c’est le début d’une longue traversée du désert.

 

 En 2002, cherchant à rompre son isolement, Nicolas Sarkozy participe activement à la campagne de Jacques Chirac, permettant notamment que le débat se porte sur la question de l’insécurité. Ce militantisme lui vaut un poste de ministre de l’intérieur puis de ministre des finances en 2004. Il démissionne cependant fin 2004 après avoir été élu à la tête de l’UMP et après avoir annoncé sa candidature à la prochaine élection présidentielle.

 

  En mai 2005, il s’abstient de faire campagne en faveur du Traité de Rome II, alors même que la responsabilité de son président et de son parti sont engagées. Il se contente de lâcher qu’il s’oppose à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, favorisant ainsi l’amalgame entre élargissement et traité constitutionnel. Le 29 mai, le texte est rejeté et le gouvernement dissout.

 

  Au printemps 2006, alors que Dominique de Villepin fait face à la crise du Contrat Première Embauche, Nicolas Sarkozy lui refuse son soutien et oeuvre en sous-main avec le président de l’UNEF, Bruno Juillard, à la déstabilisation du Premier Ministre.

 

  Fin 2006, Nicolas Sarkozy se désolidarise de la politique menée pendant 5 ans par la majorité dont il est président, se pose en héritier légitime du Gaullisme, et s’oppose frontalement au président de la République qui a commis l’erreur en 2002, de lui offrir une seconde chance.

 

Aujourd’hui, les deux mots d’ordre de Nicolas Sarkozy sont « vérité » et « honnêteté ». On appréciera là encore l’humour au second degré.

 

 

Nicolas Sarkozy et la sécurité, ou comment créer l’offre et la demande.

 

      En deux mots, la démarche de Nicolas Sarkozy se fonde sur l’idée que la France est à la veille d’une guerre civile mais qu’il est le seul à en avoir conscience et à pouvoir l’empêcher. Se développe alors le syndrome psychosocial dit de la « citadelle assiégée » qui justifie par la peur le militantisme sécuritaire. Les caïds, les réseaux islamistes, les juges laxistes, les trafics d’arme et de drogue sont autant d’éléments qui contribuent à faire de la banlieue le théâtre de l’affrontement entre la France honnête et laborieuse et des factions clandestines, violentes et islamisées. Qu’en est-il réellement ? Fin 2005, Nicolas Sarkozy nous annonce que les banlieues sont aux mains de bandes criminelles organisées en lien avec des factions criminelles internationales, et que ces mouvements anti-républicains orchestrent l’embrasement des banlieues. Or pendant toute la durée de ces affrontements, les Renseignements Généraux mettent quotidiennement sur la table du Ministre de l’Intérieur des rapports détaillés qui aboutissent tous à la même conclusion ; les violences urbaines ne sont pas préméditées, elle sont majoritairement le fait de mineurs indépendants et ne sauraient en rien être rapprochées de la criminalité organisée ou de violences confessionnelles. Se pose alors la question de la légitimité des réactions sécuritaires de Nicolas Sarkozy. En d’autres termes, s’il se veut le seul homme politique conscient du problème de la criminalité en France, n’est ce pas justement parce qu’il le fabrique de toutes pièces ? Plusieurs études menées par les Nations Unies nous apportent quelques éléments de réponse :


 Avec une moyenne de 62,1843 crimes et agressions par an pour 1000 habitants, la France se classe loin derrière les Etats-Unis (80,6045), la Grande Bretagne (85,5517), l’Allemagne (75,9996), le Canada (75,4921), la Nouvelle Zélande (105,881), la Finlande (101,526), le Danemark (92,8277), les Pays-bas (79,5779) ou la Norvège (71,8639) pour ne citer qu’eux1. Pourtant, parmi les pays présentés ci-dessus, la France enregistre la plus faible « impression de sécurité » avec 77% contre 82% pour les Etats-Unis ou le Canada².... d’où vient alors ce fossé entre l’insécurité réelle et l’insécurité ressentie en France ?

  Il vient de ce qu’Orwell nommait « l’état d’esprit de siège » (siege mentality). En entretenant sciemment un climat de menace et de peur de l’autre, Nicolas Sarkozy rend les masses réceptives à ce qui passerait en temps de paix pour des mesures répressives inacceptables, mais qui deviennent, avec l’urgence et la menace, des mesures « fortes » et « nécessaires » pour « garantir la première des libertés, la sécurité. »  Tant que l'ordre n'aura pas été rétabli, les libertés fondamentales demeureront donc subordonnées à un impératif suprême  de sécurité publique.

L'histoire ne dit cependant pas ce qu'il advient de ces libertés fondamentales, quand l'homme chargé de restaurer l'ordre, est en même temps le premier facteur de désordre public; Bienvenue dans « l'Etat de guerre permanent. »

 


Décortiquer le parlé populiste.

 
     Comment s’y prend donc Nicolas Sarkozy pour se rendre indispensable au règlement d’un problème dont il la cause ? En fait, sa stratégie consiste à susciter la menace avant d’y apporter la riposte qu’il veut ferme et implacable. Ses interventions s’articulent alors autour de deux volets ; le premier volet de dramatisation (environ 70% de la réponse), vise à rendre l’auditeur réceptif en un minimum de temps, s’il parvient à le faire pleurer ou à provoquer son indignation, la réceptivité est maximale. Le deuxième volet, concis, apporte la réponse à la situation du premier volet. La réponse se veut forte, mais également humaine, c’est une réponse émotionnelle.


Exemple :

1er volet : « Écoutez Madame Arlette Chabot, hier encore j’étais à l’enterrement d’un fonctionnaire de police assassiné dans l’exercice de ses fonctions par une bande de tueurs, car il n’y a pas d’autres mots. Sa petite fille de 6 ans par ailleurs unijambiste et atteinte d’une tumeur au cerveau, me disait entre deux sanglots : est-ce qu’ils vont payer les gens qui ont tué mon papa ?»


Transition : « Est-ce que j’aurais pu lui répondre, madame Chabot, que parce que ils sont mineurs, les assassins de son papa vont être relâchés au bout de quelques années ? »


2ème volet : « Non, je ne m’y résous pas. Je crois que la victime vaut au moins autant que son meurtrier, même mineur. C’est pourquoi je prend l’engagement de rétablir la peine de mort par décapitation pour les mineurs de 16 à 18 ans ».

Applaudissements dans l’assistance + sanglots de la ménagère de plus de quarante ans

 

    Voila de façon à peine caricaturale comment on en vient à justifier l’établissement de peines plancher, alors même qu’elles violent le plus basique des droits de l’homme qui garantit à chacun un jugement équitable et personnalisé. Comment on en vient à justifier les extensions de garde à vue et les détentions provisoires, en violation d’un principe plus fondamental encore qui veut qu’il n’y ait pas de peine sans jugement. Comment on en vient à décréter couvre-feu et lois martiales pour mater des violences urbaines dont on est la cause. Comment on en vient enfin, et c’est consternant, à demander des comptes aux magistrats jugés trop laxistes. « Ils doivent payer » nous dit Nicolas Sarkozy. Le jour où le premier juge sera jeté en prison pour avoir appliqué la loi, je préfère de loin être mort ou avoir changé de nationalité.

  Qu’attend M.Sarkozy en jouant honteusement des peurs et des émotions des français ? Où compte-t-il mener la France en divisant le peuple et en le montant contre ses institutions? Du reste, qu’attendre des urnes lorsque le peuple est volontairement maintenu dans la crainte et dans la suspicion ? Un duel Sarkozy-Le Pen ? Il aurait au moins le mérite de souligner tout le chemin qui a été parcouru, à reculons, depuis les Lumières. Je pense que tout le temps passé à se demander si Nicolas Sarkozy est, ou non, populiste, est du temps perdu à lutter contre ses idées subversives, liberticides et antidémocratiques. Et cela n’a rien d’une posture idéologique de ma part tant la reconnaissance de la dangerosité de Nicolas Sarkozy transcende les partis. En cela je me fais l’écho des magistrats et des avocats qui garantissent chaque jour la justice de notre société en même temps que la justesse de l’État de droit, mais qui pourtant font l’objet d’une campagne de dénigrement de la part d’un homme qui a depuis longtemps perdu de vue la différence entre justice et châtiment. Si le populisme se définit comme le recours à la pression populaire pour mettre à bas l’état de droit, alors le Sarkozysme en est la forme la plus aboutie.

 

Hop, je respire un grand coup et je mâche un kisscool

 

 

Nicolas Sarkozy et l’Économie entre incompétence... et incompétence.

 
    On connaît le Nicolas Sarkozy autoritaire, on connaît le Nicolas Sarkozy manipulateur, mais que sait-on du Nicolas Sarkozy économiste ? L’État critique des finances publiques et de l’Économie française en général impose qu’un homme sage, expérimenté et compétent prennent les décisions d’assainissement qui s’imposent. Malheureusement, Nicolas Sarkozy a marqué son passage au gouvernement d’Édouard Balladur en devenant le ministre du budget le plus incompétent de la Vème République : en 1993, quelques temps après son accession au ministère du budget et contre toute attente, la France enregistre sa plus grande récession depuis la Libération, la croissance prévue à 2.5% s’avère négative à – 1.3%, le déficit public de 48 milliards de francs s’avère deux fois plus important que celui attendu et la dette s’envole à 375 milliards de francs. En deux ans, la dette publique française augmente de 32%, du jamais vu en temps de paix dans un pays occidental. Lorsqu’il prendra connaissance de ces chiffres à son arrivée à Matignon en 1995, Alain Juppé qualifiera le bilan de Nicolas Sarkozy de « calamiteux » et devra augmenter de 17 milliards de francs les prélèvements obligatoires pour tenter de rétablir la situation.

  En 2004, Nicolas Sarkozy fait une courte apparition au ministère des finances et abroge la loi Galland, qui empêchait jusque là les grandes surfaces de vendre à perte et préservait le marché d’une meurtrière guerre de prix. Impuissant, le Président se contentera de mettre en garde Nicolas Sarkozy contre une « guerre des prix destructrice ». Ce mandat est également marqué par la promesse, bien évidemment non tenue, de faire rentrer la France dans les limites du pacte de stabilité.

  Aujourd’hui, en matière économique, Sarkozy propose d’alléger l’Impôt sur la Grande Fortune, de raccourcir les procédures de licenciement, de limiter le droit de grève, et d’étendre la rémunération par stock-options, ajoutant ainsi à l’insécurité de l’emploi, l’insécurité de la rémunération. Réjouissante perspective.

 

 

Conclusion.

 
« Que disait-on il y a deux ans quand je suis arrivé au ministère de l’intérieur ? ‘Il va jouer au superflic. Les banlieues vont s’embraser.’ Résultat : il n’y a pas eu de révolte et la criminalité a sensiblement baissé. » La République, les Religions, l’Espérance, 2004

 
  Si Nicolas Sarkozy a un sens quasi-comique de la formule, et plus particulièrement de la formule mensongère, il n’en demeure pas moins dangereux. Dangereux par incompétence, dangereux par populisme, dangereux par provocation aussi. Que dire d’un homme qui, en déchaînant les tensions, parvient à donner corps à des problèmes qui n’existaient pas avant lui ? Si l’on admet que la sérénité et la paix sociale sont les fondements les plus sûrs de la démocratie, que penser d’un homme dont les positions toujours plus provocatrices remettent aujourd’hui en cause la séparation des pouvoirs ? Que penser enfin d’un homme qui ne cache pas sa sympathie pour la politique de l’administration Bush et qui affirme partager avec elle « la même vision des droits de l’homme et de la démocratie ? ».

  Si James Baker, l’ancien secrétaire d’État de G. Bush père a conseillé à G. W. Bush de « prier pour que Sarkozy l’emporte en 2007 », je prie pour ma part pour qu’il n’en soit rien. Sacrifier tout à la fois l’unité de la France, son modèle social et son indépendance diplomatique pour satisfaire l’ambition sans limite du plus grand des carnivores. Voila qui me paraît être un marché où la France a tout à perdre et rien à gagner.


 C’est pourquoi en 2007, votez utile....

 
 

 


1   United Nations Office on Drugs and Crime, Centre for International Crime    Prevention

2   UN International Crime Victims' Survey

 

 

Par Sergueï - Publié dans : Politique
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